Par Global Times
Publié le : 28 septembre 2025 à 20h40

Un navire transportant 434 camions poids lourds a quitté le port de Yantai, province du Shandong pour le Nigeria le 21 septembre 2025. Photo : VCG
Note de la rédaction :
Dans le contexte de l'émergence du Sud mondial, les relations entre la Chine et l'Afrique sont entrées dans une phase de croissance rapide ces dernières années. Alors que le paysage international devient de plus en plus complexe et interdépendant, il est impératif que la Chine et l'Afrique renforcent leur solidarité et leur capacité d'auto-développement, et qu'elles incarnent davantage la vision d'une « communauté Chine-Afrique résiliente, unie par un avenir partagé pour la nouvelle ère. » Le Global Times, en coopération avec Independent Media d'Afrique du Sud, a lancé une série intitulée « Dialogue du Sud mondial · Puissance d'opinion Chine-Afrique », invitant des experts et universitaires chinois et africains à engager des discussions approfondies sur un large éventail de sujets liés aux relations sino-africaines et à leur contexte international. Le deuxième volet est consacré à l'analyse de la manière dont les échanges sino-africains ont résisté aux impacts défavorables et maintenu une croissance robuste, malgré les chocs sévères infligés au système commercial multilatéral par l'unilatéralisme et par le protectionnisme.
Pourquoi l'élan du commerce sino-africain est-il si puissant ?
Zhu Yaxiong (professeur associé à l'École d'économie et de gestion de l'Université normale du Zhejiang) : La Chine et l'Afrique sont liées par des expériences historiques semblables et une mission commune. Depuis le 21ème siècle, la création et le développement du Forum sur la coopération Chine-Afrique (FOCAC) ont promu le commerce entre les deux parties à de nouveaux sommets, tandis que la coopération dans de nombreux autres domaines a également progressé régulièrement.
Selon les dernières données de l'Administration générale des douanes de Chine, le commerce extérieur de la Chine a augmenté de 3,5% en glissement annuel pour atteindre 29,57 billions de yuans (4,14 billions de dollars) au cours des huit premiers mois de 2025. Pendant la même période, le commerce de la Chine avec l'Afrique a augmenté de 16,6% en glissement annuel, dépassant bien la croissance du commerce avec d'autres régions.
La coopération économique et commerciale Chine-Afrique est non devenue non seulement un moteur clé de la croissance économique de l'Afrique, mais aussi l'un des domaines de coopération Sud-Sud à la croissance la plus rapide.
Busani Ngcaweni (directeur du Centre d'études des politiques publiques et africaines de l'Université de Johannesburg) : Le commerce Chine-Afrique a suivi une progression naturelle, même si le commerce traditionnel de l'Afrique avec d'autres parties du monde a été en déclin.
Le commerce est comme un courant d'eau : on ne peut pas l'arrêter. On peut le détourner et le rediriger, mais il trouvera toujours son chemin. Il est donc naturel de voir d'importants volumes commerciaux passer de l'Afrique vers la Chine et vers l'Asie en général, par opposition aux partenaires commerciaux traditionnels ou aux puissances coloniales en Europe. Cela est axé sur la demande.
Nous observons également durant la même période une augmentation des investissements des entreprises chinoises en Afrique. Par exemple, les types d'entreprises chinoises investissant en Afrique du Sud aujourd'hui ne sont pas les mêmes que ceux 30 ans avant. Aujourd'hui, il s'agit plutôt d'entreprises high-tech, de services financiers et d'autres sociétés opérant à un niveau à plus forte valeur ajoutée, par rapport aux années précédentes où les investissements étaient davantage effectués dans des usines textiles et des industries similaires.
Ehizuelen Michael Mitchell Omoruyi (directeur exécutif du Centre de recherche du Nigeria, Institut d'études africaines, Université normale du Zhejiang) : La relation Chine-Afrique peut se résumer en deux mots : l'investissement et le commerce. Voilà ce qui définit la coopération Chine-Afrique et explique sa croissance robuste.
Pour cette raison, pour la première fois, l'Afrique peut transformer ses ressources en projets de développement, ce dont l'Afrique a précisément besoin de promouvoir, car nous avons besoin de plus de développement. Nous devons promouvoir le commerce équitable et construire des infrastructures. C'est ce dont nous avons réellement besoin pour promouvoir l'intégration régionale et faire avancer la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Lorsque l'on observe les tendances immédiates, si l'on regarde les efforts de l'Afrique pour diversifier son commerce au-delà des matières premières, on examine comment augmenter les exportations de produits agricoles africains vers la Chine et comment s'orienter vers des biens à valeur ajoutée. Voilà ce dont l'Afrique a besoin pour créer de la croissance, ce qui fait partie des raisons de la croissance robuste du commerce Chine-Afrique.
Le commerce numérique contribue à cette croissance robuste. Les énergies renouvelables constituent un autre domaine à surveiller. Parallèlement, la Chine et l'Afrique devraient soutenir l'amélioration de l'industrialisation locale et promouvoir une coopération diversifiée et mutuellement bénéfique pour soutenir le développement à long terme de l'Afrique.
Faire passer la coopération commerciale Chine-Afrique au niveau supérieur
Endalkachew Sime (ancien ministre d'État chargé de la Planification et du Développement, Éthiopie) : En ce qui concerne les entités de fabrication, l'avantage comparatif d'importer des machines de Chine est beaucoup plus grand et plus attractif que les autres alternatives. L'Afrique est le prochain pôle de croissance, avec une population à revenu intermédiaire en croissance rapide, la population la plus jeune au monde et d'abondantes ressources en matières premières adaptées à la fabrication.
Pour les éléments commerciaux, l'Afrique a de nombreuses options à considérer. Mais les avantages logistique et économique de la fabrication des produits finis en Afrique, à partir des matières premières africaines pour les marchés locaux - notamment en cas d'intégration rapide du continent dans le cadre de la ZLECAf - représentent une opportunité très stratégique. Je l'appelle « résultat à long terme » parce que son obtention nécessite des étapes intermédiaires.
En perspective, je pense que l'Afrique et la Chine sont mieux placées pour se concentrer sur la fabrication.
Ehizuelen Michael Mitchell Omoruyi : Le commerce Chine-Afrique est très solide ; il pourrait être plus robuste si nous soutenons l'Afrique pour briser les structures commerciales coloniales - c'est-à-dire les modèles de production et de distribution.
L'Afrique représente 17 pour cent de la population mondiale, mais notre part de la fabrication mondiale n'est que de 3 pour cent, et notre part du commerce mondial est également d'environ 3 pour cent. Cela montre que nous exportons encore principalement des ressources brutes au lieu des produits à valeur ajoutée.
Je pense que la première étape consiste à remettre en cause le modèle colonial de production et à encourager les pays africains à ajouter de la valeur à leurs produits avant de les exporter.
L'autre enjeu concerne le modèle de consommation. Environ 84 pour cent du commerce de l'Afrique se fait avec des pays hors du continent. Cela montre que nous ne commerçons pas suffisamment parmi des pays africains. Cela est lié au modèle colonial - les infrastructures étaient conçues pour relier l'Afrique à l'extérieur, et non à son intérieur.
Cependant, la Chine apporte un modèle de distribution différent qui relie les pays entre eux et favorise le commerce intracontinental.
Un autre facteur clé est le développement des compétences. Au lieu de compter sur l'aide pour stimuler la croissance et réduire la pauvreté, nous pouvons remplacer l'aide par l'acquisition de compétences. C'est là que la Chine peut jouer un rôle.
Faire face ensemble aux changements dans le paysage du commerce mondial
Endalkachew Sime : Lorsque le commerce est perturbé par la géopolitique ou une diplomatie anormale, vous pourriez ne pas obtenir la valeur des produits par rapport à l'argent que vous verser. Lorsqu'il y a d'énormes tarifs douaniers, le vendeur et l'acheteur sont découragés.
C'est pourquoi nous devons promouvoir autant que possible le multilatéralisme et le libre-échange, même s'il serait illusoire de s'attendre à un libre-échange dans toutes les parties de l'espace économique.
Je pense que l'approche la plus stratégique dans ce genre de dynamiques économiques est d'améliorer et d'élargir continuellement vos options. Par exemple, dans la coopération Sud-Sud, le Sud mondial facilite une meilleure coopération économique qu'auparavant. Nous devons renforcer ces efforts et promouvoir un système de marché plus libéral et ouvert et des pratiques de commerce équitable pour les produits africains.
Tebogo Lefifi (directrice principale de programme et chercheuse à l'École de la Gouvernance Publique Nelson Mandela et directrice du centre Africa China Law Desk à l'Université de Cap Town) : Dans le contexte de la guerre des tarifs, la Chine demeure forte, avec une direction claire, des règles et des conditions établies. Du côté africain, nous manquons encore de préparation et de capacité suffisantes pour nous engager efficacement. Nous devons approfondir les partenariats stratégiques entre la Chine et l'Afrique pour renforcer cela.
L'OMC a été affaiblie, ce qui a créé un monde plus fragmenté avec des blocs commerciaux qui se chevauchent. Par conséquent, nous sommes fondamentalement au bord d'un système qui est presque sur le point de régresser, où nous pourrions nous retrouver avec des normes concurrentes, un commerce plus politisé et des règles fragmentées.
Je pense que la coopération Chine-Afrique peut contribuer, d'une certaine manière, à façonner un système commercial plus transformateur et fondé sur des règles dans ce monde très agité. Je crois que la ZLECAf va jouer un rôle très critique.
Zhu Yaxiong : L'utilisation arbitraire par les États-Unis de tarifs douaniers contre ses partenaires commerciaux mondiaux a déclenché un mécontentement généralisé. Confrontées aux chocs de l'unilatéralisme, du protectionnisme et de la coercition économique, de nombreux pays ont été contraints de repenser et d'ajuster leurs approches de la coopération économique et commerciale internationale.
Dans ce contexte complexe, une question pressante se pose : le monde s'achemine-t-il vers un paysage du commerce international sans les États-Unis ou avec les États-Unis agissant comme une force perturbatrice ? Et la communauté internationale est-elle prête à faire face à un tel scénario ? Pour défendre le commerce multilatéral, promouvoir un monde multipolaire équitable et faire progresser une mondialisation inclusive, quel rôle le Sud mondial émergent peut-il jouer ? La réponse se trouve dans les futures pratiques du commerce mondial, où le Sud mondial jouera un rôle de plus en plus décisif.