rapport spécial

L'Afrique s'inspire du développement de la Chine

Apr 20, 2026

Global Times le 21 septembre 2025 à 21h50

IMG_256Vue de la gare d’Emali sur le chemin de fer à écartement standard Mombasa-Nairobi construit par la Chine, au Kenya. Photo : VCG

Note de la rédaction :

Dans le contexte de l'émergence du Sud mondial, les relations entre la Chine et l'Afrique sont entrées dans une phase de croissance rapide ces dernières années. Alors que le paysage international devient de plus en plus complexe et interdépendant, il est impératif que la Chine et l'Afrique renforcent leur solidarité et leur capacité d'auto-développement, et qu'elles incarnent davantage la vision d'une « communauté Chine-Afrique résiliente, unie par un avenir partagé pour la nouvelle ère. » Le Global Times, en coopération avec Independent Media d'Afrique du Sud, a lancé une série intitulée « Dialogue du Sud mondial · Puissance d'opinion Chine-Afrique », invitant des experts et universitaires chinois et africains à engager des discussions approfondies sur un large éventail de sujets liés aux relations sino-africaines et à leur contexte international. Le premier volet a présenté des discussions sur la transformation des politiques africaines des grandes puissances, les priorités urgentes et les impératifs stratégiques du développement africain, ainsi que les inspirations que le parcours de développement de la Chine offre aux pays africains.

Objectifs et pratiques de coopération des grandes puissances en Afrique

Tang Lixia (vice-doyenne du Collège du développement international et de l'agriculture mondiale, Université agricole de Chine) : Les stratégies des pays en matière d'investissement, d'aide et de développement en Afrique sont de plus en plus influencées par la politique et la concurrence mondiales. Les États-Unis privilégient le commerce à l'aide dans leur nouvelle stratégie africaine. Le Japon a récemment accueilli la Neuvième Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique. La Russie se concentre sur l'énergie, la défense, le commerce, la coopération en matière de sécurité et les partenariats dans le nucléaire. Parallèlement, l'Arabie saoudite et d'autres pays du Golfe poursuivent des investissements financiers et des projets d'infrastructure, en particulier ceux dans les énergies nouvelles, les ports et l'urbanisation. Dans ce contexte, notre réflexion se concentrera sur l'identification du type de coopération au développement dont l'Afrique a véritablement besoin pour promouvoir une croissance durable.

Mugambwa Joshua (doyen de l'École de gestion, École du commerce, Université Makerere, Ouganda) : Nous considérons la présence de la Chine comme une opportunité car la Chine promeut la croissance avec la paix, estimant que la création de richesses et la sortie de la pauvreté ouvrent naturellement à la paix. En effet, toutes ces dimensions, conjuguées à l'Agenda 2063 de l'Union africaine, aident l'Ouganda et de nombreux autres pays à choisir leurs partenaires.

À la lumière des plans de développement du continent - notamment ceux de la Communauté d'Afrique de l'Est - il est évident que la Chine figure parmi les partenaires clés capables d'aider l'Afrique à franchir une nouvelle étape. La Chine s'est positionnée pour répondre aux défis structurels de long terme du continent africain : les infrastructures, l'énergie et la transformation locale des ressources. Depuis notre indépendance, nos progrès ont été limités en raison des systèmes extractifs légués par les puissances coloniales. Aujourd'hui, la Chine intervient en cherchant à instaurer une relation gagnant-gagnant. Je me réjouis profondément de tous ces progrès, car nous avons désormais un partenaire qui se soucie véritablement de notre développement. Nous constatons concrètement les améliorations apportées par la Chine. Nous prenons conscience que la Chine propose des solutions plus adaptées à nos besoins.

Simon T. Angombe (professeur d'écologie agricole, Université de Namibie) : Les partenaires au développement arrivent souvent avec leurs propres objectifs et leurs cadres imposés. Cependant, la voie à suivre pour l'Afrique doit être définie par nos propres priorités. 

Avant tout, notre gouvernement doit reconnaître l'importance stratégique d'investir dans la recherche et le développement. C'est là le socle d'un progrès durable. L'efficacité doit être un principe essentiel de notre stratégie de développement. 

Il est tout aussi important d'assurer l'appropriation locale des projets. Le développement ne peut être véritablement transformateur s'il n'est pas inclusif et ancré dans les réalités communautaires.

En fin de compte, le développement de l'Afrique doit être dirigé par les Africains, tout en bénéficiant d'un appui mondial. Les partenariats stratégiques, notamment avec les grandes puissances, doivent reposer sur le respect mutuel des systèmes locaux et des priorités nationales. Cette approche jettera les bases d'un avenir résilient, autonome et prospère pour nos populations. 

Quel type de coopération pour le développement l'Afrique a-t-elle vraiment de besoin ?

Rhoda Birech (professeure associée en agriculture durable et systèmes semenciers, Université de Namibie) : Je pense qu'une chose que nous devons reconnaître, c'est la nécessité d'améliorer le commerce entre les pays africains. L'Afrique comprend 54 pays, dont certains produisent beaucoup de nourriture tandis que d'autres n'en ont pas assez. Cependant, le mouvement des marchandises à travers les frontières est compliqué en raison de diverses réglementations. Par exemple, les camions peuvent être bloqués à la frontière pendant un ou deux jours, ce qui fait pourrir les produits. L'harmonisation des réglementations sur le commerce alimentaire entre les 54 pays africains n'est pas facile. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est le projet phare de l'Agenda 2063 de l'Afrique, visant à créer un marché continental unique pour les biens et services dans les pays membres de l'Union africaine. La Namibie s'est engagée en faveur de la ZLECAf, mais celle-ci n'est pas encore pleinement mise en œuvre.

Aurelia Kokuletage Ngirwa Kamuzora (présidente du Conseil national d'autonomisation économique de la Tanzanie) : L'Agenda 2063 de l'Afrique contient une vision et il est intégré dans nos politiques actuelles à travers le continent. Dans ce cadre, l'Afrique a identifié plusieurs secteurs prioritaires parmi lesquels figurent l'énergie et le changement climatique. L'agriculture est également un domaine clé. L'objectif est d'unir l'Afrique, de travailler ensemble et de promouvoir la production de biens destinés d'abord au marché continental, puis, à terme, à l'exportation vers le reste du monde.

Nous poursuivons cet effort, car l'agriculture a besoin d'un cadre institutionnel solide et de politiques publiques capables d'en faire un secteur rentable. Une fois ce seuil de rentabilité atteint, même les professeurs qui mènent la recherche sur le développement des semences, des cultures et de l'élevage, bénéficieront d'emplois bien rémunérés. C'est ce que nous appelons l'économie : générer des revenus à partir de l'agriculture, ce qui entraînera également des recettes fiscales provenant de ce secteur.

Comment la coopération entre la Chine et l'Afrique a-t-elle bénéficié au continent ?

Mugambwa Joshua : L'Afrique a tiré de nombreuses leçons des progrès accomplis par la Chine en matière de développement. L'une d'elles est l'espoir que l'éradication de la pauvreté est bel et bien possible. Nous devons d'abord réaliser des projets pilotes. Trop souvent en Afrique, des politiques sont adoptées mais finissent par échouer. Toutefois, la Chine nous enseigne l'importance de conduire d'abord des programmes et de cibler soigneusement nos efforts, pour que nous puissions nous concentrer sur ceux qui ont le plus besoin de ces services. Cette approche peut être adaptée au contexte africain. Une autre leçon est l'importance de la planification à long terme. Nous devons planifier le développement. Par exemple, la Chine planifie à l'avance et veille à ce que ces plans soient mis en œuvre. Nous sommes confrontés à des défis dans la mise en œuvre des politiques et sommes souvent incohérents avec nos objectifs. Les pays africains peuvent adopter cette approche pour donner la priorité aux objectifs de développement à long terme. 

Nous reconnaissons également l'importance de l'industrialisation, car nous constatons que la Chine était capable de réaliser une transition de l'agriculture vers la manufacture et vers les industries à valeur ajoutée. Ces transitions étaient déterminantes pour soutenir une croissance économique.

Les parcs industriels qui accélèrent l'industrialisation, constituent un autre domaine d'apprentissage pour nous. Nous constatons que la Chine a investi dans les routes, les ports et l'énergie, qui libèrent la productivité. De la même manière, l'Afrique peut s'appuyer sur le développement des infrastructures pour intégrer des marchés et réduire les coûts commerciaux.

De plus, nous reconnaissons l'importance du commerce numérique. En outre, nous devons accorder la priorité aux besoins intérieurs tout en créant des partenariats, non seulement au niveau local, mais aussi international, à l'instar de la Chine.

Aurelia Kokuletage : Nous apprécions la manière amicale avec laquelle le gouvernement chinois et le peuple chinois collaborent avec le continent africain. Ce modèle se distingue de celui adopté par l'Occident. Malheureusement, les puissances occidentales sont souvent clairement associées au colonialisme, ce qui est regrettable. Toutefois, l'amitié chinoise repose sur un partenariat, car il n'existe aucun fardeau historique lié à de mauvaises expériences. 

Si l'agenda se concentre sur le développement de biens échangeables, l'Afrique dispose déjà d'un potentiel. Pouvons-nous recevoir un soutien pour le commerce autre que l'aide ? Cette approche fera en sorte que toute partie qui vient, y compris la Chine, se sente la bienvenue. Alors, parlons du commerce. 

Le Collège du développement international et de l'agriculture mondiale de l'Université agricole de Chine a fourni un soutien académique à ce dialogue. [email protected]