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De \"La Pat' Patrouille - Mission dino\" à \"La Fin d'Oak Street\

Aug 5, 2026 IDOPRESS

Les films de dinosaures ont le vent en poupe,avec la sortie en août "La Pat'Patrouille : Mission dino" et "La fin d'Oak Street". (APOLLONIA HILVERDA / FRANCEINFO)

D'un côté,les dinosaures mignons secourus par Ryder,Chase,Marcus,Ruben et consorts,les héros préférés des enfants,dans Pat' Patrouille - Mission dino,en salle le 5 août. De l'autre,les vélociraptors agressifs qui attaquent le pavillon de banlieue d'une famille américaine dans La Fin d'Oak Street,qui espère faire frissonner ados et adultes une semaine plus tard.

Deux nouveaux films de dinosaures qui s'ajoutent à une liste curieusement pas si longue,compte tenu des profits colossaux générés par la franchise qui a révolutionné le genre : Jurassic Park et ses six suites a rapporté 6,8 milliards de dollars à Steven Spielberg et aux studios. Cependant,entre démocratisation des effets spéciaux et peur de la sixième extinction de masse,le film de dinosaures n'a jamais été autant dans l'air du temps.

Contrairement au requin,unidimensionnel,cantonné au rôle de tueur silencieux,le dinosaure est un acteur accompli qui peut briller dans tous les genres. Ses deux premières apparitions sur grand écran résument bien la dualité des "terribles lézards" (le sens étymologique de "dinosaure") dans la pop culture. Dès 1914,le prodige de l'illustration Winsor McCay signe le film d'animation Gertie le dinosaure,un gentil brontosaure qui se déplace comme un éléphant et qui avale des arbres pour son quatre heures.

Cinquante nuances de dinos

La même année,D.W. Griffith,un des pionniers du cinéma américain,réalise Brute Force,où des hommes préhistoriques se frottent à des T. rex. La technique est rudimentaire,mais le message est là : le dinosaure constitue une menace,même représentée avec des trucages qui rappellent beaucoup les films de Georges Méliès. "Ensuite,la figure du dinosaure est utilisée pour représenter l'autre,l'inconnu,dans le Hollywood post-1945,tandis qu'au Japon,Godzilla – dont le statut de dinosaure est l'objet de débats enflammés – incarne les conséquences de la guerre nucléaire",résume Tom Baker,derrière le site Upside Down Shark. Contrairement au péplum,où les scénaristes se sont accordés sur la métaphore de l'empire romain pour évoquer les Etats-Unis,"le dinosaure ne devient pas un symbole universel pour désigner quelque chose,même pas la force inarrêtable de la nature",expose Patrick Willems,critique de cinéma qui s'est penché sur la question dans une longue vidéo parue au printemps. Jusqu'à la révolution Jurassic Park.

Si le film de Spielberg tourne beaucoup autour de la figure de John Hammond,l'entrepreneur richissime qui se prend pour Dieu en recréant des dinosaures,le livre originel de Michael Crichton s'interrogeait sur le futur de l'humanité. Le romancier américain résumait ainsi l'intrigue de son thriller : "La question qui se pose quand on regarde ce qui est arrivé aux dinosaures,c'est : 'Ils se sont éteints. Sommes-nous les prochains ?'" Toute ressemblance avec des questions soulevées en ces temps de réchauffement climatique incontrôlé ne serait pas purement fortuite. "Cela permet d'introduire l'idée que l'homme n'est plus l'espèce dominante sur la Terre",poursuit Tom Baker.

Le "monopole" Jurassic Park

Le hic,c'est que le succès du film de Steven Spielberg a cadenassé le genre – sur le modèle des Dents de la mer,qui a tué pour trois décennies le film de requin. "On ne pouvait plus mettre à l'écran des dinosaures sans expliquer pourquoi",poursuit Tom Baker. Le coup du moustique gorgé du sang de T. rex coincé dans l'ambre fossilisé étant déjà pris,plus d'un scénariste s'est arraché les cheveux. Mais comme la vie,l'imagination des scénaristes trouve toujours un chemin. Dans le méconnu mais jouissif Primitive War (2025),ce sont des portails spatio-temporels soviétiques qui précipitent des dinosaures en pleine guerre du Vietnam. Dans Le Voyage d'Arlo (2015) de Pixar,l'astéroïde qui aurait dû envoyer ad patres toute vie sur Terre rate notre planète d'un cheveu. Et quand Adam Driver se retrouve nez à nez avec un raptor dans 65 : la Terre d'avant (2023),c'est parce que son vaisseau spatial est entré dans une faille temporelle. Et comment ne pas évoquer le rôle à contre-emploi de Rex,le tyrannosaure en plastique pleurnichard de la chambre d'Andy dans la saga Toy Story (1995-2026),qui incarne l'attrait des plus jeunes pour ces géants venus du passé ?

Vous n'avez pas entendu parler de la majorité de ces films ? Il y a une raison. "Les dinosaures sont dans le domaine public,mais c'est comme si la franchise Jurassic Park s'en était arrogé le monopole",se désole Patrick Willems. Luke Sparke,le réalisateur de Primitive War,confirme dans une interview au site Slash Film : "Tout le monde à Hollywood m'a répondu la même chose : 'Jurassic a l'exclusivité sur les dinosaures. Comment pouvez-vous envisager de mettre en images une histoire sur eux,vu que vous n'êtes pas Steven Spielberg ?' Mon pitch n'avait rien à voir avec la saga !"

Fort du succès de son premier film réalisé pour moins de 10 millions de dollars,Luke Sparke a mis en chantier la série télé Dinosaurs of the Wild West,où les dinosaures se retrouvent face à des cow-boys. Comme un écho à l'improbable western La Vallée de Gwangi (1969),une série B de l'époque qui n'a pas très bien résisté au passage du temps. Signe de la frilosité des pontes d'Hollywood,Luke Sparke a dû faire appel à un financement participatif pour boucler son budget.

Difficile de trouver un créneau entre le blockbuster nanti d'un budget à neuf chiffres et les pâles copies de la saga débitées au kilomètre par des studios fauchés. Excusez du peu : Jurassic Reborn,Jurassic Triangle,Jurassic Hunt,Jurassic Thunder,Jurassic Pet,Jurassic Planet ou encore Jurassic School (liste non exhaustive) sont tous sortis il y a moins de dix ans,mais n'ont rien à voir avec la franchise originale.

Une passion américaine

Sur les quelque 150 films comprenant des dinosaures recensés par l'Internet Movie Database (IMDB),plus des deux tiers sont des productions américaines. Tout sauf une surprise pour Alexis Da Costa,youtubeur qui conjugue paléontologie et croyances populaires sur sa chaîne. "De larges pans de la pop culture américaine découlent des pulps,ces romans populaires de la première moitié du XXe siècle,où H.P. Lovecraft ou Philip K. Dick ont fait leurs premières armes",dézoome le spécialiste,qui y inclut aussi l'iconique Monde perdu de Sir Arthur Conan Doyle,publié en feuilleton dans de nombreux journaux anglo-saxons. "Ce foisonnement culturel est concomitant avec les grandes découvertes d'ossements de dinosaures aux Etats-Unis,qui s'enorgueillissent encore aujourd'hui d'être le berceau des dinosaures les plus connus,du T. rex au tricératops. Pour eux,ça fait partie intégrante de leur histoire,mais aussi de leur folklore,au même titre que les extraterrestres."

Un folklore qui pourrait bien (encore) se développer en cas de carton en salles de la Pat' Patrouille et de La Fin d'Oak Street. "Il y a toujours un immense appétit du public pour les dinosaures",constate Patrick Willem,qui s'appuie sur la jurisprudence L'Age de glace. "Le troisième volet,où les dinosaures tenaient la vedette,est celui qui a le mieux marché de la saga." Les premiers retours du blockbuster estival produit par J.J. Abrams lui inspirent également confiance. "Ça pourrait ouvrir la porte à d'autres films hors de la saga Jurassic. Peut-être allons-nous enfin assister à l'âge d'or du film de dinosaures !"